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par sa seule puissance. Il est permis de se demander si l'idée d'espace-étendue et de rythme-temps ne conditionnerait pas une sorte de tendance à sortir de ses propres limites matérielles forcément dépendantes de la substance et de ses particularités numériques, une tendance vers des systèmes à dimensions inconnues dont les dites dimensions ne nous seraient perceptibles que par les entités espace et temps. Le plan constituant un espace rythme, il est aisément concevable que l'espace qua­litatif, subjectif donc, est conséquence de la dimension que sa nature ne peut toucher, cette troisième  dimension que les Renais­sants qui conçurent l'espace s'efforcèrent d'inscrire numéri­quement sur ce plan, supprimant du coup sa véritable authen­ticité et faisant de la surface plane un écran supportant quelque souvenir illusoire auquel elle était parfaitement étrangère. Le rythme qui solidarise dans l'espace les états de succession est le ciment qui relie les différents éléments du système et qui lui apporte en quelque sorte son homogénéité.

Nous avons pu constater que pour parvenir à réaliser som­mairement cette mécanique, il nous a été tout à fait inutile de parler un langage scientifique, aussi bien que faire appel à la géométrie et à l'arithmétique. Le phénomène se déroulait, en dehors de ces connaissances spéciales, par la seule vertu des conditions actives du  plan : c'est pourquoi je disais tout à l'heure que le problème actuel qui se pose aux peintres était purement d'ordre plastique.

Ceci dit, nous ajouterons que cette mécanique, dont nous avons tenté de présenter le jeu aussi simplement qu'il nous fut possible, la laissant, pour ainsi dire, se produire librement est une base pour exprimer le caractère individuel et passager du peintre. Nous n'avons voulu montrer dans cet exposé schéma­tique qu'une chose, c'est que, par lui-même, le plan possède des propriétés énergétiques qui peuvent être disciplinées, organisées, mises au service de la qualité intérieure du moi individuel. L'ar­tiste désireux aujourd'hui d'exprimer sa propre qualité en dehors des apparences extérieures et des opinions sur ce qui préexiste extérieurement, doit se soumettre à des moyens capables de lui faire prendre une forme, parce que CREER c'est être capable de révéler l'impulsion qualitative intérieure dans un  milieu organisé et dont le système d'organisation est connu. En d'au­tres termes, le moi subjectif particulier doit se subordonner aux conditions, au régime du terrain objectif commun s'il veut naître et persuader l'ensemble collectif humain auquel il appar­tient. C'est le propre de toute création, de toute production, produire étant donner de nouvelles formes à la matière et non une appréciation intellectuelle déformante sur des produits réa­lisés matériellement. La métaphore était dans une certaine mesure une aspiration qui cherchait à devenir concrète, mais la métaphore ne réalisait pas la création, car elle n'assimilait pas les matériaux prétextes inassimilables, elle se contentait de marquer une situation exceptionnelle par le rapprochement

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